Les Suisses de l'étranger ont le droit de se porter candidat aux Chambres fédérales. Pourtant aucun n'a été élu en 2003 et on peut douter qu'il y en ait en octobre prochain. Il faut dire que le système électoral ne favorise pas leur élection. L'idée de créer une 27e circonscription électorale, évoquée par le politologue Wolf Linder (Le Temps du 10.4.2007) mérite d'être creusée.
Bien que les Suisses de l'étranger puissent se porter candidats au Parlement, le système tel qu'il est conçu ne favorise pas du tout une telle élection : les candidats doivent appartenir à une circonscription en Suisse, donc être inscrit dans un canton. Voilà qui défavorise à l'évidence l'élection d'un résidant de l'étranger qui, par nature, n'habite pas son canton et peine donc à y créer et entretenir un réseau de soutien et à s'y faire connaître de la population
Ceci implique aussi que les Suisses de l'étranger (ceux qu'on appelle la « Cinquième Suisse ») ne peuvent pas voter pour des candidats Suisses de l'étranger s'ils ne votent pas dans le même canton.
Imaginons un cas concret : deux citoyens suisses, tous deux résidents à New York. Ils habitent dans la même rue de l'Upper West Side et se connaissent bien : si l'un des deux est candidat dans son canton d'origine, disons Genève, alors que l'autre a son domicile politique dans le canton de Neuchâtel, l'un ne pourra pas voter pour l'autre, même s'il estime qu'il représentera correctement la « Cinquième Suisse » au Conseil national. Pire, ce Neuchâtelois expatrié ne pourra donner sa voie à aucun candidat de l'étranger si aucun ne se présente dans le canton de Neuchâtel.
L'élection d'un candidat de l'étranger est dans un tel système peu probable et, si elle devait intervenir, elle aurait bien plus de chance de se produire dans un grand canton comme Zurich, Berne ou Vaud que dans un petit canton qui compte peu de sièges au Conseil national dans lequel l'élection dépend plus encore de connaissances interpersonnelles. Voilà qui ne répond pas à la volonté initiale de donner plus de poids aux Suisse de l'étranger dans notre système politique.
L'exemple italien
L'Italie, qui a vu pour la première fois l'élection très médiatisée de membres de sa diaspora dans les deux chambres de son Parlement l'an dernier, a mis en place un système bien différent: elle a réservé un certain nombre de sièges aux représentants des Italiens de l'étranger (12 députés sur 630 et 6 sénateurs sur 315) regroupés dans une circonscription électorale composée de quatre collèges (Europe / Amérique du nord et centrale / Amérique du sud / Afrique, Asie, Océanie et Antarctique). Les électeurs italiens de l'étranger sont donc appelés à voter pour un représentant des italiens de l'étranger. Ils sont ainsi certains de se voir représentés correctement car des sièges leur sont réservés.
Un 27e cercle électoral et deux conseillers aux Etats
L'idée évoquée dans les colonnes du Temps du 7 avril par le politologue Wolf Linder, interrogé par Swissinfo semble donc intéressante. Il s'agirait de proposer un système similaire pour les Suisses de l'étranger à celui existant en Italie. Entre 5 et 10 sièges de conseillers nationaux seraient réservés aux Suisses de l'étranger (en calculant à la proportionnelle il faudrait même leur proposer env. 16 sièges, soit l'équivalent de la députation vaudoise ou argovienne !). Pour ne prétériter aucun canton, ils viendraient s'ajouter au total des 200 élus actuels.
On pourrait aussi, pourquoi pas, imaginer l'élection de deux conseillers aux Etats supplémentaires, représentants de la Cinquième Suisse, ce qui porterait la composition de la Chambre haute à 48 élus.
Une telle proposition aurait pour avantage de permettre d'implanter durablement et concrètement dans la vie politique nationale la participation des Suisses vivant hors du pays, qui représentent tout de 630'000 personnes, soit 8.5% de la population suisse et dont 100'000 exercent leur droit de vote régulièrement.
Voir aussi la vidéo de mon interview sur ce sujet.
Parlement : voilà une idée qui semble faire son chemin. Cette proposition que j’avais lancée en avril dernier dans les médias, à la suite d’un politologue bernois, a été reprise hier par 3 élus socialistes.Elle devient donc un sujet idéal pour une discuss
Suivi: Jui 19, 12:19